Quand des épis blanchissent après une période pluvieuse, la question n’est pas seulement de savoir quelle maladie est présente. Il faut surtout estimer le risque de pertes de rendement et de contamination par le déoxynivalénol, ou DON. La fusariose du blé se gère donc avant la floraison, avec une combinaison de choix variétal, de rotation, de gestion des résidus et d’intervention au bon stade.
Les bons réflexes se jouent avant et autour de la floraison
- La floraison est la période la plus sensible aux contaminations.
- Le maïs ou le sorgho en précédent, surtout sans enfouissement des résidus, augmente le risque.
- Le blé dur est généralement plus exposé que le blé tendre.
- Les symptômes visibles ne suffisent pas pour estimer la teneur en DON.
- Le traitement préventif doit être positionné au début de la floraison, avant l’apparition des épis atteints.

Reconnaître la fusariose et comprendre ce qui se passe
La fusariose des épis regroupe plusieurs champignons, principalement Fusarium graminearum, Fusarium culmorum et des espèces du genre Microdochium. Ils contaminent les épis lorsque l’humidité persiste entre l’épiaison et la floraison, puis perturbent le remplissage des grains.
Les premiers signes sont souvent des épillets desséchés au milieu d’un épi encore vert. Des teintes roses ou orangées peuvent apparaître, parfois accompagnées d’un brunissement du col de l’épi. Dans les attaques fortes, l’épi entier devient blanc et produit des grains légers, mal remplis.
Fusarium et Microdochium ne présentent pas exactement le même risque
Fusarium graminearum est particulièrement surveillé parce qu’il peut produire du DON, une mycotoxine qui dégrade la qualité sanitaire du grain. Les espèces de Microdochium provoquent souvent des symptômes visibles et des pertes de poids ou de rendement, mais elles ne sont pas généralement associées à la production de DON.
La distinction à l’œil nu reste toutefois incertaine. Un épi très marqué n’est pas forcément celui qui contient le plus de DON, tandis qu’une parcelle peu symptomatique peut dépasser les exigences de qualité. Je déconseille donc de décider uniquement en regardant quelques épis en bordure de champ.
Le risque se construit avec la météo, le précédent et la variété
La pluie autour de la floraison est le facteur déclencheur le plus important. Une humidité persistante pendant environ 48 heures suffit à créer une situation favorable, surtout lorsque les températures et la durée d’humectation permettent aux spores de germer.
Les bulletins techniques utilisent souvent les cumuls de pluie autour de la floraison comme repères. Une dizaine de millimètres sur cette période doit déjà inciter à la vigilance, tandis que des cumuls nettement supérieurs, de l’ordre de 30 à 40 mm selon la fenêtre observée, peuvent faire basculer la parcelle vers un risque élevé. Ces chiffres ne remplacent pas une grille régionale, car la sensibilité de la parcelle compte autant que la météo.
| Facteur | Effet sur le risque | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Maïs grain ou sorgho en précédent | Maintien d’un inoculum sur les résidus | Risque renforcé si les pailles restent en surface |
| Pluies à la floraison | Favorisent la contamination des épis | Surveiller la période allant de l’épiaison au début de la floraison |
| Variété sensible | Probabilité plus forte de symptômes et de DON | Consulter séparément la note fusariose et la note DON |
| Blé dur | Sensibilité généralement supérieure | Protection de l’épi souvent indispensable en situation à risque |
Un point est souvent mal compris. La note de résistance aux symptômes et la note d’accumulation de DON ne sont pas interchangeables. Une variété peut paraître correcte visuellement tout en ayant une sensibilité sanitaire moyenne. Dans un mélange variétal, je retiens par prudence la variété la plus sensible pour évaluer le risque.
Réduire la pression dès l’implantation
La meilleure protection commence plusieurs mois avant la sortie des étamines. La rotation, le choix de la variété et le devenir des résidus déterminent une grande partie du risque, alors que le fongicide ne peut pas corriger une situation très défavorable.
Gérer les résidus du précédent
Les résidus de maïs et de sorgho peuvent héberger le champignon et libérer des spores au printemps suivant. Un broyage fin suivi d’une incorporation rapide réduit cette source d’inoculum. Le labour enfouit efficacement les débris, mais il n’est pas la seule option et doit rester cohérent avec le système de culture, l’érosion et la structure du sol.
Choisir une variété adaptée
La résistance variétale ne supprime jamais totalement le risque, mais elle offre une marge de sécurité précieuse lorsque la météo devient humide. Je regarde toujours deux informations distinctes dans les références techniques, la sensibilité aux fusarioses visibles et la capacité à limiter l’accumulation de DON.
Pour le blé tendre, cette décision peut faire partie d’une stratégie de réduction des intrants. Pour le blé dur, plus sensible aux fusarioses et à leurs conséquences sur le poids spécifique, la moucheture et la qualité technologique, la protection de l’épi reste beaucoup plus souvent nécessaire.
Positionner la protection au bon moment
Lorsque le risque agronomique et climatique est élevé, le traitement doit être calé sur le début de la floraison, au moment où les premières étamines sortent. Une application trop précoce perd une partie de son intérêt, tandis qu’une intervention après l’apparition des épis blancs arrive généralement trop tard.
En blé tendre, la décision dépend de la combinaison entre précédent, résidus, variété et pluviométrie. En blé dur, les recommandations françaises retiennent souvent une protection de l’épi dans la plupart des situations, particulièrement lorsque des pluies sont annoncées autour de la floraison.
Soigner l’application
La couverture de l’épi est déterminante. Les références techniques recommandent généralement un volume d’eau d’au moins 150 l/ha, avec un intérêt possible à monter vers 180 l/ha lorsque les conditions le permettent. Le choix de la buse compte, mais le volume de bouillie et le bon positionnement ont souvent davantage d’impact.
- Observer précisément le stade de floraison dans la parcelle.
- Éviter de traiter juste avant une pluie qui lessiverait rapidement le produit.
- Respecter strictement la spécialité, la dose et les conditions d’emploi indiquées sur l’étiquette.
- Vérifier les usages autorisés et les mélanges possibles dans la base réglementaire en vigueur.
Les solutions à base de triazoles, notamment celles intégrant du prothioconazole ou du tébuconazole selon les usages autorisés, figurent parmi les références utilisées contre les fusarioses. Leur efficacité reste partielle, souvent de l’ordre de 50 à 60 % pour les meilleures solutions. Ce n’est donc pas une assurance tous risques, mais un levier de sécurisation dans une stratégie globale.
Protéger la qualité du grain jusqu’à la récolte
La fusariose peut réduire le poids de mille grains, le poids spécifique et la qualité boulangère ou semoulière. La présence de DON ajoute un risque commercial et sanitaire, car une récolte visuellement acceptable peut tout de même nécessiter une analyse avant orientation vers l’alimentation humaine.
Depuis le 1er juillet 2024, la teneur maximale réglementaire en DON est de 1 000 µg/kg pour les grains de blé tendre et de 1 500 µg/kg pour les grains de blé dur non transformés destinés à une première transformation. Les cahiers des charges des collecteurs peuvent fixer des exigences plus strictes.
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Ne pas attendre le résultat visuel pour agir
Une fois les symptômes visibles, il n’existe plus de traitement curatif capable de remettre les grains en état. À la récolte, il faut donc limiter le mélange de lots très différents, nettoyer correctement la moissonneuse et stocker séparément les parcelles présentant des épis fortement atteints.
Le prélèvement doit être représentatif du lot, car les toxines peuvent être réparties de manière hétérogène. Un échantillon pris uniquement dans une zone très atteinte ou, au contraire, dans la partie la plus saine du champ peut donner une image trompeuse de la qualité réelle.
Le séchage et le stockage stabilisent le grain, mais ils ne détruisent pas le DON. Les opérations de tri peuvent écarter une partie des grains fusariés et légers, sans garantir à elles seules le respect du seuil réglementaire. L’analyse reste la référence lorsqu’un lot doit être valorisé en alimentation humaine.
La bonne décision se prend avant que l’épi blanchisse
Pour moi, le réflexe le plus fiable consiste à établir le risque avant la floraison, puis à réévaluer la situation avec la météo des jours suivants. Un précédent maïs, une variété sensible et plusieurs jours humides forment une combinaison nettement plus préoccupante qu’un seul de ces facteurs pris isolément.
La stratégie la plus robuste associe rotation, gestion des résidus, variété adaptée, observation du stade et protection bien positionnée. Cette approche réduit le risque de fusariose, mais elle protège aussi la valeur de la récolte en évitant de découvrir trop tard un problème de qualité sanitaire.